L’argot carcéral
Il reflète à la fois les dynamiques de pouvoir, la solidarité entre détenus, et une tentative d’échapper au contrôle des autorités.
À travers l’histoire, l’argot des prisons a donné naissance à de nombreuses expressions, aujourd’hui couramment utilisées dans la langue française. Cet article propose un aperçu historique de ce langage, explore ses origines et montre comment il s’est diffusé dans le quotidien en dehors des murs carcéraux.
L’Argot de la Prison : Origines, Histoire et Usage
Un Aperçu Historique de l’Argot Carcéral:
L’argot carcéral a des racines anciennes qui remontent au Moyen Âge. À cette époque, il existait déjà des langues secrètes utilisées par les mendiants, les voleurs et autres groupes en marge de la société.
Ces langages permettaient de communiquer sans être compris par les forces de l’ordre ou les autorités.
Avec la montée en puissance des systèmes pénitentiaires au XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, ce jargon s’est peu à peu consolidé en milieu carcéral.
Les Bagnes – institutions pénales où étaient envoyés les forçats – ont joué un rôle majeur dans le développement d’un argot codé. Le contact étroit entre détenus de différentes régions et milieux a favorisé la fusion de dialectes et de nouveaux mots, créant une langue propre aux prisons.
Les Fonctions de l’Argot en Prison:
L’argot carcéral remplit plusieurs fonctions essentielles :
Quelques Termes d’Argot Carcéral et Leurs Significations:
Voici quelques expressions issues de l’argot de prison :
L’Argot Carcéral dans le Quotidien:
Certaines expressions issues du milieu carcéral se sont imposées dans le langage courant. Par exemple, le mot « tôle » est désormais employé par des personnes extérieures au milieu pénitentiaire pour désigner la prison. De même, le terme « condé » reste utilisé dans le registre familier pour désigner les policiers.
La musique rap et le cinéma ont joué un rôle central dans la diffusion de l’argot carcéral. Des artistes comme NTM ou Kery James, qui s’inspirent des réalités de la rue et des prisons, ont contribué à populariser ce vocabulaire auprès des jeunes.
Dans certains quartiers populaires, des termes comme « bizut » ou « maton » sont couramment utilisés, même en dehors du contexte carcéral.
La Réinvention Permanente du Jargon de la Prison:
L’argot carcéral évolue constamment en fonction des époques, des générations et des changements au sein des prisons.
Les nouveaux mots apparaissent au gré des transformations sociales et de l’arrivée de nouvelles populations carcérales, notamment avec l’immigration.
Les détenus inventent également des expressions en réponse aux nouvelles technologies, comme l’usage de « bigo » (désignant un téléphone portable introduit en cachette).
Une Influence Culturelle Durable:
L’argot carcéral, bien que né dans un espace clos, a trouvé un écho au-delà des prisons. Il est souvent mis en avant dans la culture populaire à travers des films (comme Un prophète de Jacques Audiard), des livres (comme ceux d’Albertine Sarrazin), et des chansons.
Ces œuvres dépeignent non seulement la dureté de la vie en prison mais aussi la richesse de ce langage codé.
Conclusion:
L’argot de la prison est bien plus qu’un simple jargon : il reflète une culture de résistance et de solidarité entre détenus, tout en marquant une opposition à l’autorité. Né dans des conditions d’exclusion, ce langage a franchi les murs des prisons pour influencer le langage quotidien, notamment à travers la musique, le cinéma et la littérature.
Aujourd’hui encore, l’argot carcéral évolue, témoin des changements au sein de la société et des prisons elles-mêmes. Il rappelle que, même dans les lieux les plus oppressifs, les individus trouvent des moyens de s’exprimer et de revendiquer leur identité.